Daltonisme : Approche en images et témoignage

Pour mon premier article je vais parler du daltonisme de manière générale, des causes ainsi que des effets, tout en apportant mon témoignage de daltonien !

Découverte du daltonisme
John Dalton, physicien et chimiste

En 1794 John Dalton, physicien et chimiste anglais, enseigne les mathématiques et la philosophie naturelle au sain du New College de Manchester. La coutume de l’époque veut que les employés portent une toge à la couleur correspondante à leur grade dans l’université. Ce serait en constatant qu’il a plus de difficultés que ses confrères pour choisir la toge au coloris correspondant à son grade que John Dalton découvrit le daltonisme. La même année il publie un article nommé « Faits extraordinaires à propos de la vision des couleurs » dans lequel il démontre l’existence du daltonisme en comparant sa perception des couleurs de diverses plantes à celle d’un botaniste. John s’aperçoit aussi que son frère est atteint de la même anomalie, il en déduit qu’il s’agit probablement d’une anomalie congénitale. En 1950, plus de 150 ans après sa mort un prélèvement ADN permettra de confirmer qu’il souffrait bien de daltonisme congénital, et plus précisément de deutéranopie.

Introduction

Avant d’apporter mon témoignage et d’essayer de vous éclairer sur la vision d’un daltonien je souhaite apporter quelques précisions concernant la partie technique. Je n’ai pas souhaité copier coller d’article scientifique en espérant pouvoir vous faire comprendre ce qu’est ce trouble plus facilement que via la lecture d’un énorme pavé de wikipedia mais en faisant mes recherches je me suis aperçu que ce n’était pas si simple. En effet pour bien comprendre le daltonisme il faut à la fois avoir des connaissances avancées sur l’oeil et la vision mais aussi sur la génétique et le cerveau. N’étant ni scientifique ni médecin ni ophtalmologue je me suis documenté afin de pouvoir écrire cet article et j’espère pouvoir restituer la substance de ces recherches de manière fidèle tout en restant compréhensible par tous. Néanmoins il ne serait pas impossible que des erreurs ou quelques mauvais raccourcis se soient glissé dans mes explications, je n’ai malheureusement pas été en capacité de faire relire le texte par un professionnel avant sa publication. Si un expert du domaine venait à me lire et souhaitait apporter des éléments complémentaires je serai ravi de les intégrer dans l’article. Dans mes prochains articles je compte m’éloigner de l’aspect scientifique, car je ne me sens pas forcément à l’aise à l’idée de restituer des notions que je maîtrise peu moi même, et me contenter de parler du daltonisme à travers ma vision et mon ressenti avec l’envie d’informer, d’aider et de faire bouger les choses, particulièrement dans le l’accessibilité et le numérique.

Comprendre facilement l’aspect scientifique

Dans un oeil humain nous trouvons 3 types de cônes qui ont chacun une sensibilité différente aux longueurs de radiations d’ondes. Ces longueurs différentes vont correspondre au spectre des couleurs rouge, vert, bleu. Pour faire simple les cônes de cornée réceptionnent les différentes longueurs d’ondes reçues par l’oeil (dès lors que nos yeux traitent des informations) à l’aide de pigments qui traduisent ces longueurs d’ondes en couleurs que nous percevons. Pour faire la conversion des photons, qui donc arrivent sous forme d’ondes, nos cônes disposent donc de « pigments » traitent ces photons et qui vont faire le lien entre notre oeil et notre cerveau. Une anomalie génétique présente dans les chromosomes X et Y provoque l’absence d’un ou de plusieurs de ces pigments dans les cônes et donc, une mauvaise interprétation de la couleur d’un objet, d’un animal ou d’un paysage. Par exemple un protanope ne dispose pas du pigment « rouge » et de ce fait est incapable de discerner cette couleur. Pour un deutéranope c’est un peu plus compliqué car le terme englobe de manière incorrecte aussi bien les daltoniens qui n’ont pas de pigment vert, et qui sont très rares, que la grande majorité des daltoniens qui ont bien un « pigment vert fonctionnel » mais qui confondent les nuances de plusieurs couleurs intermédiaires ainsi qu’une sensibilité au vert réduite . Si, par la malchance, aucun pigment n’est présent sur les photorécepteurs, l’oeil ne « verra » qu’en nuances de gris. Le fait qu’il s’agisse d’une anomalie génétique viens aussi expliquer l’aspect héréditaire de ce trouble.

A gauche nous voyons l’emplacement des cônes dans l’oeil humain. A droite c’est la composition de cet ensemble de cônes et bâtonnets. Image du site blueconemonochromacy.com

Les différents types de daltonisme

Nous pouvons résumer la dyschromatopsie en trois types de familles d’anomalies :

  • La tritanopie, la deutéranopie et la protanopie correspondent à l’absence de récepteurs rétinaux ce qui va rendre une ou plusieurs couleurs non discernable par l’oeil touché.
  • La deutéranomalie, la protanomalie et la tritanomalie sont une mutation du pigment de la vision de la couleur associée, la sensibilité à cette couleur est réduite.
  • l’achromatopsie lorsque les cônes de cornée ne fonctionnent pas l’oeil voit uniquement en nuances de gris. Des cas d’achromatopsie ont déjà été relevés après des lésions cérébrales.

Je ne vais m’attarder que sur la première famille, les deux autres étant plus simples à comprendre selon moi je ne pense pas avoir de choses vraiment intéressantes à ajouter pour compléter ainsi que sur la deutéranomalie afin de poursuivre sur mon témoignage.

Protanopie

L’absence du pigment rouge est appelée protanopie cette anomalie permet uniquement la perception du vert et du bleu. Elle touche 1 % des hommes et 0.020 % des femmes. Dans le visuel ci dessous on aperçoit bien la différences de couleurs sur la première bande du haut qui montre que le protanope ne perçoit pas le rouge. La deuxième et quatrième bande, toujours en partant du haut, montre aussi qu’il est difficile de distinguer les couleurs proches du rouge et l’interprétation ne correspond pas du tout à la couleur de base envoyée à l’oeil car l’info est traitée par le pigment non manquant vert.

A gauche un drapeau Arc-en-ciel classique, à droite le même drapeau perçu par l’œil d’un protanope
Tritanopie

C’est cette fois ci l’absence du pigment bleu, cette anomalie permet uniquement la perception du spectre des couleurs issues du vert et du rouge. je n’ai pas grand chose à dire de plus… c’est pour moi le plus marquant des trois dans sa déformation de la perception, il touche 0.005 % des hommes et 0.003 % des femmes.

A gauche un drapeau Arc-en-ciel classique, à droite le même drapeau perçu par l’œil d’un tritanope
Deutéranopie et deutéranomalie

La deutéranopie ressemble à la protanopie sauf que cette fois-ci c’est le pigment vert qui est absent des récepteurs, dans ce cas là c’est le pigment rouge va recevoir les ondes des photons envoyées à l’oeil. Le vert sera donc indiscernable du rouge pour le deutéranope qui voit la même chose. Elle touche 1 % des hommes et 0.01 % des femmes. Sans pouvoir entrer dans les détails scientifiques les personnes atteintes de deutéranomalie, et c’est mon cas, savent bien distinguer le vert du rouge et ont bel et bien une vision trichromatique classique similaire à un non daltonien avec un pigment vert fonctionnel, la confusion des couleurs se situe dans les nuances qui tournent autours du vert associé et à d’autres couleurs. La vision du vert est aussi réduite dans ce cas.

A gauche un drapeau Arc-en-ciel classique, à droite le même drapeau perçu par l’œil d’un deutéranope. Ces trois visuels sont tirés du wikipedia dédié au daltonisme.

Je vais m’arrêter rapidement sur ce dernier visuel car une confusion est souvent faite entre les deuteranope qui sont incapables de voir du vert et la grande majorité des cas de daltonisme congénital qui sont, comme c’est mon cas, déutéranomale (5% des hommes). Sur la première bande en partant du haut je parviens à discerner clairement le coloris rouge et le mélange avec du vert est impossible. De mon expérience j’ai déjà confondu du rouge, souvent lorsque le rouge est beaucoup plus foncé, je pense par exemple à certaines teintes de carrosserie. je voit plutôt du marron ou du gris foncé. Pour la troisième bande j’ai du mal à savoir si la bande de droite est toujours jaune ou pas. Il m’est déjà arrivé de confondre du jaune et du vert très clair type moutarde de Dijon. La quatrième bande est intéressante car je suis incapable de dire de quelle couleur elle est sous la vision d’un daltonien alors que sans le filtre je vois très bien le vert. Et pour finir sur les deux dernières bande je rejoins totalement le visuel, pour moi le bleu, violet, mauve et toutes les déclinaisons sont la grosse « souffrance » depuis que je sais que je suis daltonien, je n’arrive jamais à savoir quoi est quoi à part pour certains coloris très basiques comme le bleu ciel.

Mon témoignage

Peut-on réellement parler de handicap quand on est deutéranope ou deutéranomale?

Selon moi ça dépend et c’est plutôt une question de ressenti. La deutéranopie n’est pas réellement un handicap de la vision dans le sens où l’absence du gêne « vert » est compensé par le « rouge » et que pour la grande des majorité des deutéranopes le vert est visible et la confusion se situe dans certaines de ces nuances. Une personne deutéranope congénitale, ne peut pas souffrir de cette absence de perception du vert ou de ses nuances puisqu’il n’a jamais été capable de se les représenter, pour cette raison le terme handicap me semble exagéré ou mal adapté lorsque l’on parle de deutéranopie. Néanmoins dans la vie moderne le daltonisme peut causer des désagréments lorsqu’il s’agit par exemple d’assortir ses vêtements, de lire certaines cartes ou certains graphiques ou, plus embêtant, lorsqu’une distinction des couleurs est une norme d’identification comme par exemple en électronique ou quand la couleur est importante lors de tests médicaux ou chimiques impliquant des réactifs. Dans les deux derniers exemples cités être daltonien s’avère être éliminatoire, les métiers liés à ces secteurs bien spécifiques sont inaccessibles et aucune solution ne pourrait être trouver en dehors de la correction du daltonisme. Dans ces là on pourrait, et ça n’engage que moi, parler de léger handicap puisqu’il y a une incapacité « physique » à exercer ces métiers. Ce qui n’est heureusement pas mon cas ayant abandonné l’ambition d’être pilote de ligne à 8 ans (ouf, sauvé) ! Le reste du temps quand il ne s’agit pas du domaine professionnel je définirai ça plutôt comme un manque de confort (attention je reprécise que je parle toujours de mon cas personnel de et je sais que d’autres types de daltonisme peuvent être beaucoup plus handicapant)

Les inconforts liés au daltonisme dans le numérique et les jeux vidéo

La plupart des problèmes des daltoniens se situe dans les interactions sociales où des fois il peut y avoir des incompréhensions par exemple ou une impossibilité de juger de la qualité d’un élément viuel comme une bannière ou le design d’un site web car notre avis est biaisé par ce trouble. Il y a un manque de confort aussi dans le domaine de la vidéo où certaines options sont inutilisables lorsque l’on est daltonien, je pense par exemple aux filtres visant à améliorer l’image et les couleurs sur les télévisions. Mais c’est dans le jeux vidéo que le manque de confort a été pour moi le plus marquant car cela impactait directement mon expérience de jeu. J’aurai l’occasion d’y revenir plus en détail dans des articles dédiés mais pour vous donner quelques exemples je pense à la galère dans des jeux de stratégie à différencier les couleurs d’une faction ennemie d’une autre. Dans des TPS/FPS je pense aux problèmes pour trouver ou interagir avec certains objets dans des décors sombres, je pense aussi à ce que j’ai appelé le « camouflage boosté » quand des ennemis à quelques mètres passent totalement inaperçus dans le décor à cause de certaines couleurs de leurs vêtements et je ne vais pas parler des énigmes et casse tête qui impliquent des couleurs et qui sont réellement impossibles à passer. Bien heureusement les grands acteurs du numérique sont conscients de ce manque de confort et on sent une réelle envie de leur part d’améliorer notre expérience via l’implantation de réglages un peu partout ou la créations de lunettes qui « corrigent le daltonisme », j’aurai l’occasion d’y revenir aussi, qui fonctionnent plus ou moins bien, qui peuvent être améliorés pour beaucoup mais qui sont selon moi vont vraiment dans le bon sens et qui pourront peut-être augmenter notre confort de manière plus significative dans un futur proche.

Pourquoi est-il si difficile de répondre lorsqu’on demande ce qu’on »voit » ?

Si vous avez été attentifs vous avez compris que le daltonien ne perçoit pas de couleur manquante, le pigment de couleur non présent est remplacé par un pigment de couleur fonctionnel et, pour la plupart des daltoniens, il ne s’agit pas d’un pigment manquant mais uniquement d’une confusion de certaines couleurs intermédiaires. Ainsi la question « tu vois ça de quelle couleur? » n’a pas de sens car les daltoniens n’ont pas eu l’occasion d’essayer des yeux de non daltoniens pour comparer. Il est impossible pour un daltonien de savoir que la représentation visuelle d’un objet qu’il a est défaillante à cause de son daltonisme si on ne lui indique pas ou si il ne vérifie pas lui même.

Lors de mes recherches pour cet article je suis tombé sur cette photo tirée de wikipedia qui montre une pomme rouge et une pomme verte (ligne du haut) puis les même pommes vues par un deutéranope ce qui me semble incorrect et correspond plutôt la vision d’un patient atteint de Deutéranomalie car sinon la pomme verte du bas devrait être rouge.

Il est donc impossible pour un daltonien de se rendre compte seul qu’il l’est. C’est plutôt à force de discussions et de comparaisons que l’on s’aperçoit que pour certaines situations la restitution de certaines nuances est différente de celle des autres et que cela viens parfois dévaloriser l’objet en question. L’exemple qui me viens en tête c’est celui des paysages verts des forets. Lorsque je regarde une photo ou un paysage de ce type dans la vie réelle le rendu visuel des couleurs est de mon point de vue trop proche du marron, les couleurs m’apparaissent plus sombres et fades et ça vient gâcher la beauté des paysages tels que des non daltoniens peuvent les voir, j’imagine. Pour moi c’est un peu comme si j’avais un filtre instagram « Style de Tim Burton » intégré dans les yeux (c’est pas si ouf que ça).

Ces images sont issues de Boredpanda.com

Lors d’activités créatives comme le dessin ou la peinture on remarquera le daltonisme d’une personne par l’utilisation de couleurs assez éloignées de celles du sujet, par exemple des feuilles d’arbres qui seraient dessinées en orange au lieu du vert, c’est comme ça que la plupart des enfants daltoniens sont détectés à l’école. Je pense que c’est explicable par le nombre limité de crayons dans une boite de crayons classique, le daltonien ayant du mal à distinguer les nuances de couleurs, si il ne trouve pas le crayon correspondant parfaitement à la couleur des feuilles qu’il souhaite dessiner alors voudra logiquement choisir un crayon d’une couleur assez proche mais distinguera mal si cette nuance est bonne et si elle reste fidèle au sujet.

Les non daltoniens peuvent confondre les couleurs.

Chaque oeil humain est unique. Pour imager les bâtonnets et les cônes présents dans l’oeil humain vont tous avoir un « niveau de réglage » différent selon leur taille leur nombre etc. ce qui signifie que chaque vision est unique aussi bien en terme de luminosité reçue que de couleurs vues ou plutôt ressenties. Il est donc même possible que des daltoniens voient des couleurs « uniques » tout comme il est possible que des daltoniens confondent certaines nuances de couleur et inversement.

C’est à peu près tout ce que je voulais dire sur le daltonisme en général. J’ai survolé et oublié volontairement plusieurs sujets qui méritent des articles dédiés qui arriveront très prochainement comme par exemple les différentes tests de détection, les technologies de correction du daltonisme, les filtres et paramètres disponibles sur nos jeux et applications ou même comment se faciliter la vie quand on est daltonien. Je prévois aussi des tests plus généralistes de jeux ou d’objets auxquels je viendrai peut-être juste ajouter mon point de vue de daltonien ainsi que des review de films et séries, bref les idées ne manquent pas !

N’hésitez pas à me laisser un commentaire ou à me contacter par mail ou via les réseaux sociaux, je suis ouvert à toutes les remarques, idées et discussions 🙂

Vivez votre vie en couleur 😉

DaltonienGeek

Sources :

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